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"Autofiction" de Pedro Almodovar

En lien avec la sortie du 27 mai au Katorza

affiche

Avant de l'avoir vu.

le film est controversé. Nous avons des retours de nos amis, dont certains très critiques. Il y a un "pour" et un "contre" sur Télérama. Critikat le descend tandis que Les Cahiers du Cinéma l'encense. Marguerite, elle n'a vu que des éloges.

La bande-annonce donne l'idée d'une reprise de "Douleur et gloire" (2019). Une idée de maniérisme au sens de la peinture du 16 et 17ème venue d'Italie ?  A moins que ce ne soit dans le sens de faire des manières, d'être excessivement narcissique ? Nous allons en juger sur pièce.

Après l'avoir vu!!!!

Autofiction ou Autocritique ?

Ou les deux?

On ne sait 

Almodovar nous montre comme il patauge dans son répertoire (ce qu'il a déjà exploré lors des films précédents (musique, registre des émotions, décors luxueux comme autant de 'clichés' ou de clés d'entrée dans une histoire). Ce faisant Il nous parle de son manque d'inspiration? Ou de tout démarrage d'un film?

Comme il cherche des sujets autour de lui dans les relations de ces proches pour amorcer le fil d'une narration, s'ancrer sur un sujet, un type de relation...

Il cherche  le superbe film tout comme il en a fait avant celui-ci, tenter le dernier en cette fin de carrière pour continuer à se sentir vivre et vivant. Son drame perso : le cinéma comme relation aux autres et au monde. Sans film ce n'est pas vivable. DOULEURS

Il nous déploie ses effets de collages multiples dans lesquels on se laisse emmener, ou pas. L'émotion réelle n'y est pas malgré le recours systématique aux thèmes dramatiques : deuil de la mère, deuil de l'enfant, dispute brutale entre amis, mise à distance dans un couple... perte, séparation, douleur et recherche du soin, et ou du sauvetage (le pompier), que ce soit dans un entre soi très people du cinéma, ou pas.Il reste à distance dans une sorte de stéréotype.

Jusqu'à ce qu'il découvre l'angle de sa position personnelle dans l'imbroglio de ses relations proches utilisées pour constituer la trame narrative du film à venir. C'est là qu'il finit par avoir l'illumination, ou le sentiment que là où il est personnellement touché, là réside le sujet dont il saura faire un film d'une portée universelle.  Un film qui emporte les spectateurs comme nous a emporté son film "Tout sur ma mère". Avec tout son univers  de couleurs de sons de décors de personnages et de mise en scène pour réinventer le monde.

Almodovar nous confie dans ce film à quel point il se met dans des situations dramatiques de par l'utilisation de ses relations personnelles pour créer ses films : c'est son Drama. Ce n'est pas la première fois qu'il en parle. Et c'est l'aventure de la création cinématographique.

J'aime l'affiche collage  un peu cubiste qui associe la découpe d'un profil pour y loger une demi-face: regardez comme le nez a du volume!!! Image du collage au cœur de chaque film et au cœur du processus de l'autofiction. A moitié,  à moitié.

Histoire de faire le clair sur ce qu'il raconte dans ces films !

DOULEURS et GLOIRE ne raconte pas sa vie, bien que....

Le titre original du film, en espagnol, Amarga Navidad, en cerne la tonalité et le propos. Littéralement on pourrait traduire par Noël amer, la Navidad, la Nativité, est l'autre nom de Noël. La langue espagnole apporte cependant aux connotations négatives de l’amertume deux autres nuances à "Amarga", celle de l'âpreté et même du "mordant". 

La Nativité... en effet le film est hanté par l'accouchement dans des relations entre maitres et serviteurs, auteurs et créatures, fils/filles et mères ; hanté par l’accouchement du film, amer ou âpre, suivant où l'on se situe... La Nativité, c'est dans le film une "opération" de création, de désir et de nécessité ; mais c’est aussi Noël, la fête et ses conventions auxquelles les personnages, le réalisateur, et sa créature essaient d'échapper pour que le nouveau advienne. Le film repose sur l'ambivalence des relations et des sentiments dans l'acte de création, entre d'un côté, l’amitié et le désir, de l'autre, le désamour et la manipulation.

L'accouchement de l’œuvre, l'ouvrage, est un travail pris entre différentes tensions, solitaires et collectives. C'est dans ce paradoxe que le film nous propose d'entrer, au-delà de la bienséance et du convenu. Entre l'âpreté et l'amer. Dans un montage des situations et d’une narration tarabiscotée à son habitude, Pedro Almodovar fait-il de la distance la condition intrinsèque de l'acte de création ? La musique mélodramatique omniprésente d'Alberto Iglesias tente d'unifier un récit alambiqué en forme de Matriochka mais ne parvient pas à donner le supplément d'âme. Elle donne l'impression d'en être la mauvaise conscience, la culpabilité.

Le mélo, la musique, ne font pas le poids. Face à l’étanchéité et la froideur de Raúl, seuls les états d'âme d'Elsa son personnage, sa créature, apportent un contrepoids. De même la colère de Monica ; Aussi bien la révolte finale de Santi, compagnon du réalisateur, qui conteste son choix scénaristique : celui d'affirmer à la fois la vulnérabilité (migraines, crise de panique) et la puissance d’Elsa, au détriment de son compagnon Bonifacio, jusqu’à l'indifférence et l’humiliation ; Santi ne peut que se projeter dans Bô, tous deux étant dans l’attention, l’amour, le soin et la reconnaissance donnée à l’autre. L'autofiction sent-elle l'autojustification ? Almodovar rate-t-il le paradoxe dans lequel il nous invite à rentrer ? Ou bien nous introduit-il à ce qui fait l’âpreté de l’œuvre, sa perfectibilité ?

Pour sa réussite le scénario a besoin d'une exigence, sa recherche est d'une âpreté qui génère de la tendresse (de l'attention) et de l'amertume, dont la contradiction ne se résout pas dans le film et laisse son spectateur frustré. En effet dans le singulier pluriel de l’œuvre, de l'invention du film,  l'exigence a deux volets : l'exigence sur soi des deux auteurs, et ce qu'ils exigent contre ou malgré les attentes de ceux et celles qui les entourent. Toutes et tous, personnes et personnages, font partie de la création montrée comme un acte d'ensemble. Tel est le processus mis en scène par Almodovar, éminemment solitaire et collectif, dont il n’efface pas, mais montre les « regrets », comme en peinture le trait se rajoute au trait. La création ne va pas sans âpreté, c'est le goût d'inachevé que cela laisse, que le "final cut" du réalisateur ne parvient pas à réduire et auquel sans doute il nous expose. 

Le mouvement du processus du film constitue son énigme, ici celle des états d'âme d'Elsa que Raúl met en écriture dans lesquelles il nous balade, depuis son personnage qui a son autonomie avec celle de son assistante Monica. Les personnages ont les méandres de leurs désirs. Deux femmes fortes, deux libertés. Le travail d'accouchement du nouveau est l'énigme qui se distribue entre le créateur et ses créatures. Là se rejoue l'univers, d'un coup de dés qui n'abolit pas le hasard. Ce que toute parturiente expérimente à accoucher d'un/e autre que soi.